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DANS LE VITRAIL ALLEMAND |
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Installé à Munich, capitale de la Bavière où il enseigne le vitrail, Thierry Boissel dit de son parcours professionel qu'il est à «100% allemand». Pourtant la lumière de la côte normande où il a passé son enfance, imprègne son ìuvre. L'ocean et ses éclats, sa transparence et sa profondeur, inspirent ses travaux les plus récents. À certaines heures du jour, les vitraux laiteux qu'il a installés dans le château médiéval de Straubing filtrent une lumière argentée qui rapelle le scintillement des vagues ou le corps métallique des poissons. |
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25 Revue Céramique et Verre N° 100 mai/juin 1998 |
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| Herzog Schloß Straubing. Le Blanc. Le jaune.
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| Le nom d'Agnès Bernauer est associé à celui du château de Straubing pour l'éternité. Situé à une centaine de kilomères au nord de Munich, cet édifice du XIVème siècle a abrité les amours d'un duc de Straubing et d'une jeune roturière, Agnès Bernauer. Accusée de sorcellerie par son beau père qui n'avait pas supporté la mésalliance de son fils, Agnès mourut suppliciée. Elle fut innocentée peu de temps après sa mort. Grâce notamment à Carl Orff qui lui consacra un opéra, Agnès Bernauer est au panthéon des héroïnes bavaroises. Le hasard la mit aussi sur la route de Thierry Boissel en 1994. «J'ai remporté le concours pour le réaménagement intérieur du château de Straubing, qui est aujourd'hui le siège du centre des impôts. Les architectes cherchaient une solution pour aménager deux bureaux dans un espace peu lumineux qui servait de hall de passage au rez-de-chaussée. Le cahier des charges imposait de réaliser une paroi qui laisse filtrer la lumière tout en cachant ce qui se passe dans les bureaux.» Une délectation pour Boissel - «je ne me sens pas limité par les contraintes de l'architecture. Au contraire, elles me permettent d'aller plus loin, et souvent nourrissent ma création libre.» En l'occurrence le défi de Straubing convenait particulièrement à l'approche de l'artiste dont le travail monumental dans l'architecture demeure la principale préoccupation : «C'est lié à ma formation dans le vitrail» S'y ajoutait la légende d'Agnès, qui offrait à Boissel un supplément de sens.
A Straubing, le mur autoporteur |
(deux éléments d'environ 4 x 3 mètres chacun) réalisé sous une double voûte par Thierry Boissel, se déploie comme un poème dont la lumière serait la mise en voix. Pour optimiser les sources lumineuses relativement faibles, il a donné du corps à sa paroi. Le fusing, technique qu'il affectionne, lui a servi à décliner ensemble couleur et aspérité dans le mur en verre doublé laminé et structuré à chaud. La partition de l'opéra de Carl Orff «Die Bernauer» y est comme gravé. La lumière ricoche sur les notes en relief, produit un sfumato bleuté en traversant les verres coloré, posé en touches. Dans l'aile est du château, Thierry Boissel a exploité une niche du mur pour prolonger son hommage discret à Agnès Bernauer. Selon le principe de la stèle, sont ici superposés (avec un écart de 40 cm) la reproduction d'une gravure ancienne qui représente le test cruel infligé aux présumées sorcières et un texte de Simone de Beauvoir écrit dans l'épaisseur du verre. L'image lisible à travers le texte opère un saisissant raccourci sur la condition de la femme. Au quatrième étage, dans un couloir qui ouvre sur une cour intérieure couverte, une dernière intervention se compose d'une suite de quatre vitraux, fixé seulement dans l'embrasure des fenêtres sans châssis, par des pattes de métal. Du bleu au jaune, les couleurs, tantôt pures tantôt mêlés, scandent la partition de Carl Orff de vitrail en vitrail. Cette commande a enchanté Thierry Boissel, heureux d'avoir pu travailler en étroite association avec les architectes dès le début du projet. Agnès Bernauer offrait de plus un thème d'exception à l'inspiration | de ce jeune verrier qui dit se «sentir comme un peintre. Mais moi, ajoute-t-il, j'obtiens naturellement avec le verre cette transparence que l'aquarelle ou la peinture cherchent à imiter.»
Une vibration de la matière On retrouve ce plaisir de «peindre» dans les vitraux qu'il a conçus pour l'église de Fulda Bernhard en 1995. L'église néo-romane a été augmentée d'une ceinture contemporaine de verre et béton qui en agrandit la nef. Les vitraux - trois fenêtres et une porte de même hauteur - ont été confiés à Thierry Boissel. Chaque fenêtre décline un thème - musique, mots, éléments - qui détermine la composition. Celle-ci privilégie tantôt le relief et le grain de la matière, tantôt la couleur. De la sorte, même transparent, le verre a une présence lumineuse, une densité une vibration qui en modifient constamment les effets.. Quand il y introduit la couleur, Boissel le fait en plasticien, associant les tons, les superposant pour obtenir des effets de profondeur ou les étirant comme avec des pinceaux. Chaque fenêtre fait l'objet d'un traitement différent. Sur l'une, la Wortfenster, la lumière zénithale met en relief les mots en lettres gothiques d'un passage de la Bible. La Musikfenster est rythmée par des verticales colorées, plus denses au sol qu'en hauteur. Sur la porte en verre translucide seulement balafrée d'une verticale jaune le long d'un montant, Thierry Boissel a reproduit dans la masse, le motif traditionnel des vitraux cisterciens. Ce clin d'oeil qui rapproche le fusing, une technique du verre actuellement en |
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25 Revue Céramique et Verre N° 100 mai/juin 1998 |
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Église de Fulda Bernhards. De gauche à droite: Wordfenster, Musikfenster, Elementfenster. |
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Église de Fulda Bernhards. Musikfenster (détail) |
personnelle dont la cohérence s'ordonne autour du matériau le verre - et la thématique - la mer bien que l'artiste se défende d'en faire une obsession. «Je pensais qu'après mon exposition à Saint Valery-en-Caux j'en aurais fini avec la mer et les poissons ! » Pas si sûr. L'an dernier dans‹L'eau de là‹ l'exposition qu'il a justement présenté à Saint Valery-en-Caux, sa ville natale, il avait travaillé, une fois n'est pas coutume, le verre à chaud pour fabriquer plus de deux cents poissons au corps recouvert d'aluminium. Une des pièces exposées poissons pris se composait de trois panneaux en verre armé récupéré d'une ancienne verrière de l'université de Stuttgart. Des dizaines de poissons s'y accrochaient comme capturés dans opaques filets verticaux. | |
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vogue, et le savoir-faire médiéval, est une manière de retour aux sources. Pas de figure, pas de couleur, Juste une lumière intense, une vibration de la matière. Ce souci de trouver l'expression Juste caractérise toute l'oeuvre de Thierry Boissel. Plus qu'une technique le verre est pour lui source d'expression.
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"Je pars du principe que tout est possible. Il faut d'abord considérer l'idée qu'on a et se demander comment la réaliser."Boissel expérimente donc sans relâche. Une idée en apporte une autre. En marge de son travail sur le vitrail lié à l'architecture et la plus souvent à la commande publique, Thierry Boissel développe une oeuvre
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| Verre d'eau,1997. 184 x 94 cm
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| C'est parce qu'il voulait se libérer de la technique que Thierry Boissel, une fois son diplôme de l'ENSAAMA* acquis, avait jugé utile de passer le concours de l'Académie des beaux-arts de Stuttgart. Il jure que la nationalité allemande de sa femme, n'a pas eu d'incidence sur son choix. On fait mine de le croire. Mais on est convaincu de sa sincérité lorsqu'il affirme qu'il ne connaissait rien de l'Allemagne, ni de sa langue, sa géographie ou son mode de vie. «J'étais surtout intéressé par le système allemand qui ne cantonne pas le vitrail à l'atelier du verrier. En France c'était à peu près la seule voie si on voulait faire du vitrail, et elle vous condamnait à faire 80 % de restauration » Admis au difficile concours d'entré de l'Académie de Stuttgart, Thierry Boissel a passé quatre ans dans la classe de Ludwig Shaffrath, l'un des grands maîtres verriers de l'après-guerre allemand. «Ma formation française m'avait | ![]() |
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| Monotones, 1997. 122 x 92 cm. Figurait à l'exposition inaugurale Lichtblicke du musée du vitrail de Linnich qui s'achevait le 13 avril 1998.
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| essentiellement apporté la technique. Je l'ai complétée en Allemagne par un apport théorique dont je ressentais fortement le besoin. »Ce passage à travers le vitrail allemand a indéniablement marqué l'approche de Thierry Boissel dans sa façon de considérer le vitrail par rapport à l'architecture notamment : «Trop souvent on traite le vitrail comme un arbre de Noël. Il vous saute aux yeux. Je crois qu'il faut oser faire un vitrail qu'on ne voit pas. Quand Shaffrath nous disait cela , j "étais agace. Or c'est exactement ce que je vise aujourd'hui créer des vitraux subtils qui ne s'imposent pas dans l'architecture mais qui traduisent l'essentiel de ce que l'on veut dire.» | Installé en Allemagne depuis plus de dix ans, Thierry Boissel parle désormais couramment l'allemand, vit et travaille à Munich, capitale cossue de la Bavière. «Pour autant je n'ai jamais rompu le contact avec la France où je fais assez régulièrement des expositions. Mais ma carrière s'est d'abord faite en Allemagne, c'est assez logique puisque j'y vis depuis l'âge de vingt-quatre ans. »Au point que trois oeuvres de l'artiste français ont figuré cet hiver dans l'exposition Le Verre allemand du xx ème siècle qui inaugurait le musé de vitrail de Linnich près d'Aix-la-Chapelle.
Corinne Ibram
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* École Nationale Supérieure des Arts Appliqué et des Métiers d'Art de Paris.
* Deutsches Glasmalerei-Museum (Musé allemand du Vitrail), Ruhrstr. 9-11, 52441 Linnich. Té. 2462 9917-0 - Fax 2462 9917-25.L'exposition d'ouverture Lichtblicke, Glasmalerei des 20 Jahrhunderts in Deutschland (Le vitrail du xx ème siècle en Allemagne) a réuni 31 artistes du 29 novembre 1997 au 13 avril 1998. Il existe un catalogue de cette exposition Lichtblicke qui comporte les illustrations des pièces présentées, des textes sur la conception de l'exposition, le vitrail allemand au XXe siècle, la technique du vitrail, la liste des ateliers de vitrail en Allemagne. Thierry Boissel est à la Galerie HD Nick à Aubais (France) du 19 juin au 10 août 1998.
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| 28 Revue Céramique et Verre N° 100 mai/juin 1998 | ||